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Mardi 4 juin 2024

Et si je commençais… le clavecin ?

Instrument à cordes pincées, considéré parfois comme l’ancêtre du piano, le clavecin a occupé, du 16e au 18e siècle, la même fonction sociale : il est l’instrument que l’on enseigne aux enfants de bonne famille et il joue un rôle essentiel dans la riche vie musicale de son époque. Disparu pendant près d’un siècle, il connaît une véritable renaissance à l’aube du 20e siècle. Avec sa sonorité douce, brillante et cristalline se rapprochant de la harpe ou de la guitare, le clavecin séduit les musiciens qui aiment l’idée de pratiquer un instrument hors du commun.

« J’ai grandi avec le son du clavecin et j’ai toujours trouvé que c’était le plus beau son du monde », explique Sophie Zimmermann, professeur de clavecin à l’EML. De son aveu, l’enseignante est « née avec un clavecin sous les mains ». Ses parents en acquièrent un, en effet, le mois qui précède sa naissance et la musicienne a donc la possibilité de s’y initier très jeune. Ce qui l’a séduite, à l’époque et aujourd’hui encore : ses sonorités fines et riches, sa clarté et sa douceur.

Les origines du clavecin remontent au Moyen Age. Alors appelé clavicymbalum, il est l’évolution d’un autre instrument à cordes nommé psaltérion, datant de la Grèce antique, auquel on a ajouté un clavier. L’Italie, peut-être son lieu d’origine, est le pays où il sera le plus fabriqué, avec une facture très typée qui restera inchangée durant trois siècles. D’ailleurs, le plus ancien clavecin conservé, daté de 1521, est de facture italienne.

C’est entre le 17e et le 18e siècle que le clavecin connaît son âge d’or. Instrument de prestige, pratiqué par les bourgeois aisés, la noblesse et les membres des familles royales de toutes les cours européennes, il orne les palais, les châteaux et les hôtels particuliers. Associé à la monarchie, il subit de plein fouet les conséquences de la Révolution française. Les biens des nobles condamnés, dont les instruments, sont alors confisqués et de nombreux clavecins sont brûlés. L’instrument devient démodé, mais ne disparaît pas totalement, restant en usage jusqu’au début du 19e siècle en Italie et en Angleterre. Le coup fatal sera finalement porté par l’invention du piano-forte. « Le piano a progressivement remplacé le clavecin car il correspondait à l’esthétique du moment », explique Sophie Zimmermann. Créé au début du 18e siècle, ce nouvel instrument hérite de la forme du clavecin, mais se distingue par son mécanisme, puisqu’il est un instrument à cordes frappées, qui offre davantage d’amplitude sonore et permet surtout de moduler le volume sonore (de piano... à forte, d’où son nom). « Quand on entend les compositions pour piano de Haydn ou de Mozart, il y a une douceur et une recherche de sensibilité que le clavecin ne peut plus offrir », reconnaît la professeure de clavecin. Pourtant, rappelle-t-elle, ces deux compositeurs illustres ont tous deux démarré leur « carrière » avec le clavecin, alors encore en vogue.

Relégué peu à peu au grenier, dans le meilleur des cas, ou servant de bois de chauffage pour l’hiver, le clavecin va sortir de l’oubli à la faveur de l’Exposition Universelle de Paris en 1889. « Plus personne ne savait vraiment ni en jouer, ni les fabriquer », explique Sophie Zimmermann. Un peu comme une pièce d’archéologie, le clavecin est dépoussiéré. On l’ausculte, on prend ses mesures sous tous les angles, on relit les traités de l’époque pour comprendre comment le fabriquer, comment en jouer. « C’est une reconstitution. Il n’y a pas eu de transmission longue comme pour d’autres instruments. Mais c’est aussi ça qui est passionnant parce qu’on est beaucoup dans la lecture de documents anciens pour essayer de recréer une esthétique. En contrepartie, cela offre une grande liberté car il n’y pas de maître ancien qu’il faut essayer d’égaler. C’est un instrument qui a encore beaucoup de possibles. Libre aux interprètes d’ouvrir leur chemin en s’appuyant sur les traités anciens ».

Si des compositions contemporaines pour clavecin existent, les musiciens qui choisissent de pratiquer cet instrument ont le plus souvent un goût prononcé pour la musique ancienne. Mais la sonorité un peu métallique de cet instrument peut parfois rappeler des sons plus actuels. « J’ai souvent entendu des jeunes élèves me dire que le son du clavecin leur fait penser à la guitare électrique ! Si on aime la sonorité de la guitare ou de la harpe, il y a de fortes chances pour qu’on aime celle du clavecin », rapporte la professeure.

Pour découvrir si on aime cet instrument que l’on a peu l’occasion d’entendre, rien de mieux que de l’essayer. « Pour certains enfants, le clavecin est un coup de cœur. Pour d’autres, l'intérêt vient lors des sept semaines de pratique avec le programme Musicien en herbe. Enfin, certains font ce choix par défaut, car il n’y a plus de place en classe de piano, et c’est en le pratiquant qu’ils se découvrent un goût certain pour le clavecin ». Si clavecin et piano différent par leur mécanique, ils restent toutefois tous deux des instruments à clavier dont l’apprentissage reste très proche. On peut aisément passer de l’un à l’autre. « Ce qui change c’est que le son du clavecin est un pincement qui va disparaître assez rapidement. On ne peut pas le prolonger artificiellement avec la pédale comme au piano. On ne peut pas non plus varier son volume. Pour faire des nuances, on doit donc travailler avec le vide : au lieu de donner plus, comme au piano, on va chercher à enlever de la “matière sonore” aux notes qui précèdent celles qu’on aimerait faire ressortir ».

Comme pour la plupart des musiciens qui pratiquent un instrument moins « commun », les clavecinistes, plutôt rares, seraient très demandés, d’après Sophie Zimmermann. « On n’est pas en concurrence avec des centaines d’autres pianistes. Le “marché” des clavecinistes est loin d’être saturé. Donc il y a de la place pour nous, et ça, c'est plutôt chouette ». Polyvalent, le clavecin est à la fois l’accompagnateur indispensable des sonates, concerti et récitatifs d’opéra, mais aussi l’instrument soliste d’un vaste répertoire allant de William Byrd à Jean-Sébastien Bach.

La question qui taraude les parents dont l’enfant serait intéressé par le clavecin : quelle place à la maison pour cet instrument qui ressemble à un piano à queue ? « La première année, un clavier électronique peut faire l’affaire. Par la suite, pour ne pas être limité, on peut utiliser un petit clavecin loué par l’EML. Ce sont des épinettes, des instruments plus petits que l’on peut facilement entrer dans un appartement. Les plus petits font un mètre dix », rassure Sophie Zimmermann. Autre avantage, avec sa sonorité très douce, pas de risque de déranger les voisins ! La seule contrainte : comme une guitare, l’instrument doit être accordé environ une fois par mois (via une application sur le téléphone). « Mais, rassure Sophie Zimmermann, les instruments loués par l’école étant très résistants, leur accord ne bouge que très peu ».

Les inscriptions au clavecin pour les enfants sont complètes. Les adultes peuvent cependant s’y essayer en prenant un carnet d’heures de cours « à la carte ».

Pour découvrir le clavecin en musique, Sophie Zimmermann recommande :

Professeur.e.s

Sophie Zimmermann-Wetter +

Sophie Zimmermann-Wetter

Clavecin / Initiation musicale Willems / Langage Musical / Chorégraphies enchantées / Les coulisses du Baroque